Pour les êtres humains

J’ai beau avoir la couenne dure, j’ai beau avoir un moral d’acier et être fort comme le roc, reste que je suis un être humain et que, moi aussi, j’ai mes moments de faiblesse.

Il y a une chose que j’ai trouvée particulièrement difficile dans mon passage en tant qu’obèse et ça a été de réaliser à quel point ma condition pouvait me marginaliser.

Le monde n’est tout simplement pas pensé pour les obèses. Prenons le linge, très peu de magasin habille le gentilhomme dodu. Il n’existe pas non plus de friperie pour obèse parce que cette clientèle a la fâcheuse tendance d’user son linge à la corde (et ce n’est malheureusement pas une figure de style).

Les voitures ne sont pas conçues pour les gens souffrant d’embonpoint, ni les sièges de toilettes et encore moins certains espaces (toilettes dans les avions, salles d’essayage, douches en coin, l’espace entre les appuis-bras ou entre la table et la banquette au restaurant). Ce sont toutes les des préoccupations qu’une personne obèse a constamment dans le fond de sa tête mais qui restent inconnues de la population en général.

Mais à la limite, on s’adapte. Pour ma part ce qui m’a fait le plus mal c’est mon incapacité de pouvoir quantifier mon problème. Les balances (les pèse-personnes) ne se rendent généralement pas plus haut que 290 lbs. Dans le pire de mon obésité, pour me peser, je devais aller dans un garage ou une boucherie.

Ça, ça a fini par m’atteindre. J’ai eu beaucoup de difficulté à gérer le fait que mon problème avait atteint de telles proportions qu’on ne pouvait même plus le mesurer avec des outils pour les humains. J’étais comparé à un camion, ou un bœuf. Même à l’hôpital qui m’a opéré j’étais trop lourd pour le scan et même à l’hôpital on m’a proposé de passer un scan dans un hôpital vétérinaire.

Je suis franc avec vous, ça m’a fait mal, cet élément a percé mes défenses mais je n’ai jamais perdu de vue que mon objectif était de retrouver la santé.

Hier, Mathieu (mon entraîneur) m’a fait une 3e évaluation. Je suis heureux de vous dire que, depuis le mois de mai, j’ai perdu 55 livres. Juste ça c’est une bonne nouvelle mais j’ai vraiment eu un moment d’émotion quand Mathieu m’a fait remarquer qu’on venait de me peser sur une balance d’être humain.

Je suis rendu à 330 livres et je suis encore plus près de la santé que jamais auparavant.


Un petit pas pour moi…

Plus j’avance dans mon processus de retour vers la santé et plus je me rends compte que je suis porteur d’un message important, porteur d’espoir.

La plus grande tragédie dans la vie d’une personne morbidement obèse, c’est le jour ou elle accepte sa mort.

Pensez-y, une personne à qui ont annonce un cancer en phase terminal traverse plusieurs étapes mais finit par accepter sa fatalité et a l’opportunité de se préparer et de faire ses adieux. Mais une personne qui a perdu le contrôle sur un problème de consommation (alcool, tabac, nourriture) et qui rationnalise sa fatalité, ça c’est tragique.

Combien de fois vous avez entendu un fumeur dire : « bof! Il faut bien mourir de quelque chose » juste avant de s’allumer sa 30e cigarette de la journée. C’est la même chose pour les personnes obèses qui abandonne le combat.

Je le sais, je l’ai vécu. J’en suis arrivé au point ou je me suis dit : « bof! Je suis déjà mort, autant mourir avec la seule joie qui me reste, une aile de poulet ». La grande tragédie entre une personne en phase terminale et un dépendant alimentaire qui a abandonné le combat c’est que le dépendant peut survivre encore plusieurs années, dans un état d’esprit auto destructeur et littéralement être « mort à l’intérieur » alors que son corps souffre.

Je suis revenu d’entre les morts. J’ai repris goût à la vie et c’est pour ça que je dis à tous ceux qui veulent l’entendre qu’il faut savourer chaque petite victoire. Au lieu de se décourager sur l’ampleur de la pente à remonter, fixez vous des objectifs atteignables, réalistes.

N’entrez pas dans un processus dans le but de devenir mince, faites-le dans le but d’être en santé.

Tenez compte de votre point de départ. Quand j’ai commencé à m’entraîner aux Centres Body Shop, j’avais la musculature d’une fillette anémique et j’étais incapable de supporter le tapis roulant plus de 5 minutes.

Je me suis entraîné, 4 fois semaines, sans me comparer à ce que j’étais auparavant, sans chercher à courir le marathon de façon prématurée. Je me suis entraîné, de façon intelligente, de façon supervisée (merci Mathieu!) et j’ai progressé.

Aujourd’hui, (et nous ne sommes que 5 mois plus tard) je soulève des charges respectables, je fais 40 minutes de tapis roulant avec des intervalles d’intensité et j’ai vaincu l’hypertension artérielle.

Oui, oui!!! En me concentrant sur ce que j’avais à faire et en le faisant du mieux que je pouvais j’ai réussi à faire suffisamment d’exercice pour ne plus avoir besoin de médicaments pour ma pression. J’ai vaincu l’hypertension et je savoure cette victoire 🙂

 


7 fois tombé, 8 fois debout

Un des hommes qui a marqué mon adolescence c’est mon senseï, Pierre Saulnier. J’adore les arts martiaux, non seulement comme sport qui cherche le dépassement de soi mais aussi comme mode de vie qui cherche à allier souplesse, force et équilibre. Les arts martiaux peuvent être très puissants et ceux qui l’enseignent ont souvent une grande responsabilité sociale. À mon avis les arts martiaux sont incomplets s’ils ne sont pas assortis de sagesse et de philosophie.

 C’est pour cette raison que j’affectionne autant Pierre Saulnier. Voilà un enseignant, un coach de vie qui prend son rôle au sérieux et à chaque séance que j’ai eu le plaisir de faire avec lui, il a pris le temps de me faire part d’une de ses réflexions philosophiques.

 L’une d’entre elle est « 7 fois tombé, 8 fois debout ». Cette phrase enseigne qu’il ne faut pas baisser les bras, que lorsqu’on met un genou au sol, il faut se relever. Sur le principe seul cette phrase est intéressante, inspirante, ne jamais abandonner, toujours persévérer mais en vieillissant cette phrase a pris un nouveau sens pour moi.

 Nous sommes 20 ans plus tard et bien que le message de persévérance me résonne toujours dans la tête comme au premier jour ou je l’ai entendu, aujourd’hui je vois aussi cette phrase de façon plus « fataliste ». Je m’explique. C’est un vieux chinois qui doit transporter de l’eau de la rivière jusqu’au village, il est tombé, s’est relevé et a poursuivi sont chemin. Puis, il est tombé de nouveau, s’est relevé et a poursuivi son chemin. Son chemin est linéaire, il ne peut mener qu’à une place, au village alors il se relève et continue. Mais en même temps, que peut-il faire d’autre? Tant qu’il aura la force de se relever, il se relèvera, sinon sa famille et ses proches manqueront d’eau au village. Peu importe l’embûche, il se relèvera et finira au village. Et même s’il se blessait, ou s’il était incapable de se relever, quelqu’un du village viendrait à son secours et l’eau se rendra, inévitablement, au village.

 J’ai acquis une très grande paix intérieure quand j’ai réalisé ça. 7 fois tombé, 8 fois debout parce qu’une fois tombé, il n’y a qu’un seul chemin possible; debout. Que ça vous tente ou non, que vous soyiez tenus de demander de l’aide, que le chemin soit difficile ou pas, que vous soyiez inspiré, la seule option devant vous est de vous relever.

 Vous le savez, je m’entraîne 4 fois par semaine grâce au support des Centre Body Shop et de mon entraineur Mathieu Drugeon, et hier, j’ai eu une petite victoire, pour la première fois en 10 ans j’ai réussi à courir. Ça fait 10 ans que je travaille fort pour vaincre mes problèmes d’obésité, dans la dernière année j’ai fait des bonds de géants, hier j’ai couru, 7 fois tombé, 8 fois debout.

 


Passer au suivant

Dans la vie on a toujours le choix. Le verre est soit à moitié plein ou à moitié vide. On a le choix d’inspirer et de toucher les gens ou d’être négatif et défaitiste.

Vous le savez, j’ai eu un parcours riche. Mes choix ont eu des conséquences et ces conséquences se sont répercutées sur ma santé. Et pendant un court moment, j’ai perdu le contrôle sur mon destin. J’ai perdu (ne serait-ce que temporairement) la faculté d’affecter ma vie. Au début des années 2000 je n’ai pas vécu ma vie, j’ai subi ma vie. Combien de fois je me suis mis à pleurer en souhaitant déchirer ma peau d’obèse pour en sortir en santé à nouveau. C’est ce que j’ai trouvé le plus difficile à traverser, le manque complet de ressource et d’aide offerts aux gens obèses pour lutter contre la maladie qui les afflige. En fait, ce que j’ai trouvé encore plus difficile à vivre c’était de savoir que cette aide me serait accessible si j’avais eu de l’argent.

Ce qui défini la nature d’une personne ce sont ses choix et devant l’adversité j’ai réussi à maintenir deux choses fondamentales à ma personnalité; 1- Je suis resté heureux et positif malgré les désagréments et les défis que m’amenait ma nouvelle condition et 2- Je n’ai jamais baissé les bras, je n’ai jamais lâché le combat. Certes, il m’est arrivé de mettre le genou par terre de temps à autres mais je me suis toujours relevé.

Et cet amour de la vie, cette capacité de refuser de subir ma vie plutôt que de la vivre m’a permis d’inspirer, à plusieurs reprises, le meilleur de certaines personnes. Que ce soit par des confidences, de l’écoute, ou des gestes j’ai régulièrement été témoin de la puissance et de la bonté de l’esprit Humain.

Aujourd’hui,  j’aimerais vous parler de Carl Cloutier, le propriétaire des Habits St-Eustache.

Ceux qui me connaissent le savent, je suis un homme de famille, j’aime les miens profondément et j’essaie de gouverner ma vie de sorte à ne jamais manquer à mes obligations envers ma famille. Mon petit frère, Julien, s’est marié il y a quelques années. Évidemment, j’étais l’un de ses garçons d’honneur. Mais mon nono de frère a décidé de se marier dans la pire période de ma vie. La période ou je flirtais avec le 550 livres et ou mon obésité était officiellement devenue une contrainte sévère à l’emploi.

Quand une personne est obèse, ses vêtements s’usent plus rapidement. Tout d’abord le tissus des pantalons s’use et se rompt souvent dans l’entre cuisse en raison du frottement. La peau d’une personne obèse est plus sujet à la transpiration et celle-ci est souvent plus acide que la sueur d’une personne en santé. La superficie seule de ces vêtements les rend plus propices aux taches et aux accros que du small ou du médium. Sans oublier que ces vêtements coûtent plus chers et sont plus rares. Donc le dommage causé par la lessiveuse se fait sentir plus rapidement.

Encore aujourd’hui, il n’y a que 3-4 magasins ou je peux m’habiller.

Donc, mon frère se marie et je n’ai plus qu’une seule paire de pantalons et ils viennent tout juste de déchirer.

Vous devez comprendre qu’une personne obèse ne peut pas aller dans une friperie il n’y a rien là qui peut lui faire et l’Église ne reçoit jamais de dons de vêtements 7XL parce que ceux qui portent du 7XL sont en train de l’user à la corde.

Je réussi à convaincre mes parents de me passer 100$ que je leur doit toujours, d’ailleurs.

Je me rends donc aux Habits St-Eustache et j’y rencontre Carl, le propriétaire. Carl m’habille depuis que je suis tout petit (à peine 200 livres), en plus d’être un homme d’affaires prolifique c’est aussi un magicien très talentueux. Il s’est donc très vite intéressé à ma carrière d’humoriste et m’a pris d’affection.

Je suis en train de magasiner des pantalons pendant que je porte mes pantalons troués et j’annonce à Carl que mon frère se marie. J’avais tout juste l’argent pour les pantalons mais sachant que c’est pour un mariage, Carl devient tout excité et me sors une chemise.

En fait, j’étais capable de payer les deux items mais pas les taxes. Avec tout mon courage, en regardant vers le sol je demande à Carl : « Carl, je sais que je n’ai pas le droit de te demander ça, tu es un homme d’affaires, c’est ton gagne pain mais j’ai vraiment besoin de la chemise et du pantalon. Je pourrais les prendre les deux si tu me les faisais sans taxes. Si tu ne peux pas ce n’est pas grave je vais juste prendre les pantalons.»

Et au même moment où je lui demande ça j’éprouve un sentiment de honte et d’incapacité, la seule chose à laquelle je pense c’est que je vais faire honte à mon frère le jour de son mariage. J’ai tout fait pour le cacher mais j’ai échappé une larme, une seule.

Carl n’a rien dit, il a tourné les talons et est revenu avec un veston. Devant mon air perplexe, il n’a pas plus parlé, il a tourné les talons de nouveau et est parti me chercher une ceinture, puis une cravate, et une petite veste et le pantalon et la chemise, une paire de bobettes et des bas.

J’ai pas eu besoin de rien demander, Carl m’a habillé de la tête aux pieds, il n’a jamais eu besoin de dire quoi que ce soit. Il a fait le choix de me laisser ma dignité et on a tous les deux prétendu, le temps d’une visite, que je n’avais pas de problèmes. Une fois de plus dans ma vie j’ai été témoin de ce qu’il y avait de plus beau dans le cœur d’un homme.

Aujourd’hui c’est à mon tour. Je viens de créer la Fondation  René Forget. Cette fondation existe dans le but principal de faire reconnaître l’obésité comme un problème de santé. C’est la pierre angulaire du problème. Une fois que l’obésité obtient son statut de maladie, comme le tabagisme, l’aide, les médicaments, les traitements et la prévention deviennent possibles.

Mais en attendant que je réussisse à faire changer les choses, ma Fondation va, de temps à autre, habiller certaines personnes dans le besoin.

La première activité de financement au profit de la Fondation sera un spectacle d’humour le vendredi 22 avril à 20:00, à la Petite Église de St-Eustache (450 974-ARTS)

Seulement 30$ venez en grand nombre et mettez fin à cette pandémie.


J’aimerais donc voir mes pieds!

Je suis rendu à 120 livres de perdues. Théoriquement je devrais être capable de voir mes pieds, mais non!

J’ai une hernie incisionnelle. Ce que ça veut dire, c’est que la couture faite sur mes muscles abdominaux pour les rattacher ensembles a cédée sous la pression qu’exerce mes organes internes. Ça veut aussi dire que mes intestins sont maintenant collés sur ma peau et que je n’ai plus de muscles pour les protéger. Ça veut aussi dire que les muscles ne créent plus une barrière naturelle pour étouffer le son et que ma digestion me réveille la nuit maintenant.

J’ai beau être de bonne nature et essayer de rester positif n’en reste pas moins que je suis un peu excédé de la série de « bad luck » qui me suit et refuse de me laisser tranquille. Mais ce qui m’irrite le plus c’est la désinvolture des acteurs dans le système de santé face à cette série de malchances.

Rappelons nous les faits, nous sommes le 3 novembre 2010, je viens tout juste de me faire opérer, à ventre ouvert, fendu du sternum au nombril et je souffre un martyre parce qu’en m’ouvrant, les chirurgiens ont crevé un abcès alors ma plaie est irritée et les analgésiques ne font pas effet.

Il faut que j’attende jusqu’au 4 novembre pour voir mon chirurgien et savoir comment l’opération s’est déroulée. Ce que mon chirurgien voulait dire c’est : « ça a été laborieux mais nous sommes satisfaits de notre travail », ce qu’il a dit c’est « ça a mal été ».

À ce moment là, ça fait un mois que je suis à l’hôpital, j’accumule les malchances et mon médecin qui a les « bedside manners » du dr. Ballard vient de détruire l’espoir qui vivotait encore en moi.

Je me suis fermé, comme une huître, j’ai littéralement dormi pendant 3 jours. Et après j’ai rompu la communication avec mon personnel soignant. Il ne jouissait plus de ma confiance alors j’ai cessé de collaborer.

Malheureusement, ma confiance, j’ai eu raison de la leur retirer. Quelques jours plus tard, une infirmière entre dans ma chambre avec le projet de m’enlevé mes broches sur ma cicatrice. Dès la deuxième broche, la plaie a commencé à ouvrir. Je lui ai dit : « arrête, tu vois bien que ce n’est pas fermé » et elle m’a répondu : « oui, mais c’est écrit d’enlever les broches dans votre dossier ».

Écœuré, épuisé, défait j’ai abandonné le combat, je me suis fermé les yeux et je l’ai laissé faire.

La plaie a tellement ouvert qu’on voyait clairement mes muscles et les points de sutures sur ceux-ci. Pour éviter que je ne m’infecte on devait me mettre des mèches salées dans cette plaie et les changées à tous les jours. Pendant deux mois, j’ai eu du monde qui m’ont poussé du coton salé dans une plaie ouverte et ce qui devait arriver, arriva. Une de mes vaillantes infirmières a poussé trop fort sur mes mèches salées et a défait un point de suture.

Le chirurgien m’a dit de ne pas m’en faire qu’on pouvait me fesser dans le ventre à grands coups de pieds et qu’il n’y avait aucun danger.

Tu parles, deux mois plus tard mes muscles se sont séparés et mes intestins poussent sur ma peau comme s’il n’y avait pas de lendemain. Mon hernie mesure, au bas mot, 10 pouces de long par 6 pouces de large et 3 pouces d’épais. J’ai comme un ventre qui pousse sur mon ventre, j’ai l’impression d’être dans le film Alien mais que la bébitte prend son temps pour sortir.

Mais là ce n’est plus la même histoire, il faut que je fasse attention pour ne pas me faire perforer un intestin, apparemment l’idée de me faire donner un coup de pied dans le ventre n’est plus un projet viable.

Mais ce qui me sidère c’est de me faire dire : « oh! Ça arrive souvent avec ce genre d’opération », « c’est bien documenté, les gens obèses ont plus de pression interne alors les sutures cèdent plus facilement. »

Eh! Bien! Si ça arrive souvent, pourrait-on rattacher les muscles avec du meilleur fil? Avoir des infirmières qui utilisent leur jugement? N’importe quoi qui ferait en sorte que cette situation ne se multiplie pas.

En attendant, c’est moi qui est pris avec l’inconfort d’avoir mes trippes qui veulent me sortir du ventre, c’est moi qui vis avec l’inconfort de les sentir et les entendre digérer. C’est moi qui vis avec une bosse immense qui ne rend pas justice à ma progression.

Et c’est moi qui vais devoir attendre au moins un an pour que ça soit corrigé.

En bout de ligne, je suis heureux quand même, je progresse très bien mais pour vous dire vrai, au lieu de me faire dire « ça arrive souvent », j’aurais préféré un : « je suis désolé ».

René


Une héroïne

C’est la journée de la femme aujourd’hui et j’aimerais vous présenter une des plus grandes femmes que j’ai le plaisir d’appeler une amie.

Quand j’étais en santé, il y a déjà de ça quelques lustres, je me faisais un devoir de donner du sang le plus régulièrement possible. Je crois que c’est un devoir pour tous ceux qui sont capables de le faire que de donner du sang. Je crois également que c’est notre devoir que de céder nos organes après notre mort. Je sais que certaines personnes voudront invoquer certaines croyances religieuses mais il faut réaliser que la loi ne nous permet pas d’être enterré avec nos organes et que si on échoue à les léguer à quelqu’un qui en a besoin, nos organes se retrouveront inévitablement dans la poubelle chez l’embaumeur. Alors tant qu’à savoir qu’ils seront jetés et inutiles pourquoi ne pas signer sa carte de don d’organe?

Mais revenons au sang. Ceux qui me connaissent le savent, je suis un homme gouverné par des principes vertueux. Mon incorruptibilité m’a coûté ma carrière de policier (pour l’histoire complète visitez le blogue de Véronik www.mademoisellekblog.wordpress.com), ma loyauté est inébranlable et même la famine n’a pas réussi à me faire transgresser ce principe et mon sens de l’honneur me dicte que je dois faire tout ce que je peux pour aider mon prochain, notamment en lui permettant de recevoir mon sang dans un moment de grand besoin et de grande détresse.

Malheureusement, la santé m’a quitté et ça doit bien faire une dizaine d’années, peut être même 15 que je n’ai pas pu donner du sang car celui-ci contient des médicaments incompatibles avec le processus du don de sang. Lors d’une entrevue que j’ai donnée au Nord Info et au Courrier de Laval, j’ai confié aux journalistes que les deux choses dont j’avais le plus hâte devant la possibilité de retrouver la santé étaient l’idée de pouvoir courir et donner du sang.

Coup de théâtre, voilà que je me retrouve à l’autre bout de cette transaction. Je perds la moitié de mon sang lors de ma première chirurgie et je dois en recevoir pour assurer ma survie. Pour une des rares fois dans ma vie je ne suis pas le sauveur mais le sauvé. C’est à mon tour d’avoir besoin d’aide et laissez moi vous dire que la position du receveur de sang est de loin plus stressante que l’inconfort de l’aiguille pour en donner. Je suis donc confronté au choix : recevoir du sang ou risquer de ne pas traverser la nuit. Dans mon entourage, j’ai une personne qui m’est chère et qui a été victime du sang contaminé par l’hépatite C, dans les années ’80 et je ne vous cacherai pas que j’ai eu une pensée pour elle et que la chienne m’a pogné. Mais on m’a rassuré, le sang aujourd’hui est testé est re-testé et j’ai repris contact avec la noblesse de ce geste.

J’ai reçu 5 transfusions de sang. Grâce à la noblesse, à l’honneur et à la générosité de 5 personnes que je ne connais pas, j’ai le plaisir d’écrire ces lignes aujourd’hui,  mais ce n’est pas tout, je ne vous ai pas encore parlé de mon héroïne.

Je parle souvent de Véronik Lacombe, ma conjointe. C’est une femme courageuse et dévouée, c’est ma muse et par tous les droits elle peut se vanter d’être une de mes héroïnes mais aujourd’hui je veux vous parler de Katia Carrier.

Katia et moi sommes amis depuis le secondaire mais nous nous sommes rapprochés davantage à l’âge adulte. C’est une femme incroyablement bonne, brillante, agréable et dont le cœur est pur.

L’an dernier, elle s’est fait raser la tête pour le défi leucan, au grand dam de son conjoint et si je me rappelle bien, elle le faisait par solidarité pour une jeune fille atteinte d’un cancer qui va à l’école avec sa fille.

Cette femme donne, sans compter et sans que ça ne lui soit demandé, elle est un exemple à suivre pour ses 4 magnifiques enfants et un modèle duquel s’inspirer pour chacun de nous.

Mon amie Katia est venue me voir en spectacle samedi passé, elle connaissait déjà le matériel que j’allais présenter mais les profits de la soirée allaient être remis à opération enfant-soleil alors elle est venue.

Katia sait que je rêve du jour ou je pourrai redonner du sang, et samedi (elle ne le sait pas encore), elle m’a fait pleurer comme un veau. Elle m’a dit, tout bonnement, à la Katia, qu’elle avait donné du sang 3 fois déjà et qu’il ne lui reste que deux visites pour avoir remboursé ma dette.

Pour avoir remboursé ma dette!!!! Elle sait que j’ai failli mourir, elle sait que j’ai pris 5 poches de sang dans la grande banque d’héma Qc et elle a pris sur elle, sans que personne ne le lui demande de remettre les 5 poches que j’ai utilisées afin que quelqu’un d’autre puisse vivre et faire quelque chose de bien avec sa vie.

Moi qui m’enorgueillis d’être un homme d’honneur, gouverné par des principes nobles, j’ai sincèrement du m’asseoir quelques instants, pour arrêter de pleurer tellement ça m’a touché mais surtout pour remercier le ciel d’avoir reçu cette fantastique leçon d’humilité.

Katia Carrier rembourse ma dette de vie, de façon anonyme, sans intérêts ni gains personnels et je vous le dis, je n’ai jamais été aussi fier d’être un être humain, capable de bien, que depuis que je connais Katia.

Merci mon Héroïne

René

xxx

 


Ça en dit plus long sur vous

Je n’interviens presque jamais suite à des commentaires que je trouve disgracieux à l’endroit de personnes obèses laissés sur les médias sociaux comme facebook.

Mais de temps à autre je choisi de croire dans le potentiel d’un individu et j’interviens dans l’espoir de lui apporter une autre perspective et de le sensibiliser à une réalité qui est la mienne et qui le sera toujours même lorsque j’aurai retrouvé la santé.

C’est ce que j’ai fait, récemment. J’ai un collègue humoriste qui place souvent, sur facebook, des photos comiques. D’ordinaire ces photos sont très drôles. Il y a quelques semaines il en place une qui montre une femme très atteinte d’obésité qui travaille visiblement dans un fast food mais dont l’uniforme est trop petit. L’ironie est effectivement comique mais voilà qu’un jeune homme (on va l’appeler Bob) laisse à peu près le commentaire suivant :

  • « Ça donne envie de militer pour les gastric by pass »
  • « Grosse dégeulasse ».

 

Son premier propos pourrait être méchant comme il pourrait être empathique mais le second ne laisse aucun doute.

À contrario, la plupart des commentaires laissés sous cette photo étaient de gens qui trouvaient que cette pauvre femme faisait pitié et qu’il n’est pas correct de laisser un être humain perdre sa dignité de la sorte en raison de son surpoids.

Je suis donc intervenu, en privé, auprès de Bob pour lui faire valoir que son second propos ne lui rendait pas justice et qu’il le dépeignait comme un idiot alors que ce n’est probablement pas le cas.

Bob m’a répondu, non sans laissé transpirer un certain mépris, que j’avais du temps à perdre, que cette femme est probablement une américaine qui a mérité ce qui lui arrive suite à ses excès, que c’est une conne d’avoir laissé mettre cette photo sur internet et que je ne pourrai pas me porter à la défense de toutes les grosses qui se font attaquer sur internet.

La réponse de Bob m’a un peu déçu mais j’ai quand même essayé une relance.

Dans mon passage en tant qu’obèse j’ai eu le plaisir de servir de confident  à plusieurs femmes obèses. Pour quelque raison que ce soit, les femmes ont cessé de me percevoir comme un prédateur et ont commencé à me percevoir comme un être sensible capable d’écoute (et je vous dirais qu’elles ont eu raison, mon obésité m’a effectivement amené à développer une meilleure écoute, disons simplement que la « game » ne se joue plus simplement au premier regard comme à l’époque ou j’étais en santé.)

Alors que je recevais toutes ces confidences j’ai compris que la seule chose qui peut être pire que d’être un homme obèse, c’est d’être une femme obèse. La femme, en général, subi une pression énorme pour se conformer à certains standards de beauté et malheureusement aucune d’entre elle ne nous croit, nous les hommes, quand on leur dit que les mannequins ne sont pas si belles que ça à nos yeux. Et cette pression est décuplée chez les femmes obèses qui en sont souvent fort malheureuses et qui tolèrent plein de choses qu’elle ne tolérerait pas si elles étaient plus minces.

Je regrette d’avoir à vous dire que plusieurs femmes obèse ne rêvent pas d’être plus minces, ou en santé, elles souhaitent devenir quelqu’un d’autre entièrement qui elle, est mince.

Le drame c’est que dans ce combat sur l’image de soi, on perd de vraies petites perles.

Toujours est-il que j’ai réécrit à Bob. Je lui ai concédé que la femme sur la photo est probablement une américaine, comme il le prétendait et je lui ai concédé qu’il y a peu de chance que cette femme ait vent de son propos et qu’elle en souffre.

J’ai tenté de lui faire valoir que l’obésité, ou la dépendance alimentaire est une maladie et que la personne qui en souffre n’est pas nécessairement le maître d’œuvre de son malheur.

J’ai tenté de lui faire valoir que ce n’est peut-être pas elle qui a permis la diffusion de sa photo sur internet. Peut-être a-t-elle été trahie par quelqu’un de méchant. Peut-être que cette femme souffre de savoir qu’elle est une risée mondiale et que, dans le principe seulement, il n’est pas honorable de continuer les attaques contre elle. J’ai surtout essayé de lui faire comprendre que je ne serais pas intervenu n’eût été du mépris qu’on pouvait relever de son propos.

Mais je lui ai aussi dit qu’au fond, je ne suis pas plus intéressé qu’il ne le faut par cette femme. Ce qui m’intéresse se sont les femmes de mon entourage, ma mère, ma grand-mère, ma tante, mon amie qui, elles aussi souffrent d’obésité, et les femmes de son entourage, sa mère, sa voisine, sa collègue de travail, etc. qui souffrent également d’obésité.

J’ai tenté de lui faire valoir que toutes les femmes rondes de son entourage se sont senties visées par son commentaire, même s’il n’était pas dirigé contre elles. J’ai tenté de lui faire comprendre qu’aucune de ces femmes ne le confronterait avec cette information mais qu’elles sont toutes maintenant convaincues, qu’à un certain niveau, Bob les méprise.

Je suis toujours sans nouvelles de Bob et j’ai malheureusement échoué à lui faire valoir que son propos a été plus dévastateur autour de lui qu’il ne le comprend, j’ai échoué à lui faire valoir que ce genre de propos en dit plus sur lui que sur la pauvre fille photographiée.

Malheureusement, je peux vous le confirmer…Bob est un con.

René